Lundi 19H30 – 21H30
Ecole Bidassoa

21, rue de la Bidassoa, Paris
M° Gambetta

Mercredi 19H30 – 21H30
Ecole Bidassoa

21, rue de la Bidassoa, Paris
M° Gambetta

Dimanche
Gymnase de La Liberté

16H00 - 17H00 cours enfants
17H00 -19H00 cours adultes

30, BD de la Liberté 93260 Les Lilas
M° Mairie de Lilas
Sortie Boulevard de la Liberté. Suivre 5 min à pied

Premier cours Gratuit pour les résidents en Région Parisienne
Carte de 5 cours: 70 €
Carte de 10 cours: 115 €
Carte de 15 cours: 130 €
Carte pour l'année : 850 €
Participation annuelle: 30 €

Mestre Leopoldina

* Maître Leopoldina – Demerval Lopes de Lacerda;
* 1933 – 2007;
* Né le 12 février 1933 dans la banlieue de Rio de Janeiro.

Photo de maître leopoldina
Maitre Leopoldina est né le 12 février 1933 dans la banlieue de Rio de Janeiro, il est issu d’une famille pauvre. Très tôt il a perdu sa mère et son père l’a abandonné. Il a donc été élevé par une tante qui le maltraitait et un jour il a pris fuite. Il a dormi dans la rue, a vendu des bonbons dans la station de train – Central do Brésil – qui fait référence à son surnom, surnom qu’il a gardé toute sa vie. En faits, à cette époque pour attirer l’attention des passagers, il imitait le son d’un train qui s’appelait Leopoldina. Il est passé par la maison de correction de l’enfance et l’adolescence – FUNABEM – et a passé quelques temps en taule avec son premier maître de capoeira Quinzinho.

Leopoldina a connu Quinzinho quand il avait 18 ans. Ils se sont rencontrés dans le morro (bidonville) de São Carlos au centre ville de Rio. Quinzinho, selon Leopoldina, boitait d’une jambe mais était très bon en rastera (balayage.) C’était un voyou, chef de gang qui a fini assassiné en prison. Ensuite, Leopoldina a connu un capoeiriste bahianais qui venait d’arriver de l’intérieur de Bahia, il se nommait Artur Emidio. Il était impressionné par sa rapidité et vite il a compris que c’était avec lui qu’il allait continuer son apprentissage.

Un jour Maître Artur l’a invité pour faire une démonstration avec lui et d’autres capoeiristes à Olaria, dans la banlieue de Rio. C’est à cette occasion qu’il a connu Carlos Bahiano Maluco, ce dernier a trouvé un boulot pour Leopoldina comme docker au quai du port de Rio. Cette rencontre a marqué la vie de Leopoldina à jamais. C’est à partir de cette roda d’exhibition que Leopoldina a commencé à rencontré les angoleiros de Rio, la majorité de ces gens venaient de la banlieue : Joel Lourenço, Kadu, Zé Ignorante, Dois de Ouro, Imagem do Cão, sont quelque uns des personnages dont il se souvient. Le quai du port, les malandrins et les rodas de dimanche ont constitué l’univers de Leopoldina, où il a évolué et s’est forgé sa personnalité et son charisme.

La scène de la capoeiragem carioca (typique, de Rio de Janeiro) dans les années 50 avait des illustres personnages : Maître Paraná, grand joueur de berimbau, d’ailleurs il fréquentait beaucoup l’Académie de Artur et est le fondateur du groupe São Bento Pequeno. Le grand Mario Buscapé ( Mario Santos) qui a connu Besouro, fondateur du Groupe Bomfim, maître de Zé Grande qui à son tour a formé maître Cabide. Le fameux Maître Sinhosinho qui était déjà un peu oublié à cette époque, faisait partie de cette élite de capoeiras des années 50 à Rio de Janeiro.

J’ai connu Leopoldina quand il fréquentait les rodas de maître Garrincha à la Puc – Université Catholique à Rio – et à la Maison de l’étudiant dans le quartier du Flamengo, ceci dans les débuts des années 80. Il arrivait très en douceur, sans aucune pression. Habillé avec un gilet, une grande chaine autour du cou avec une dent énorme de sanglier – protection contre les mauvais esprits, « mandingas » (sorcelleries), « muquiranices » (méchancetés) et d’autres pestilences. Il portait un chapeau coco, que je n’ai jamais vu tomber de sa tête. Quand il sentait l’atmosphère un peu lourde, il mettait son contre-egun (sorte de patua magique) pour ne vraiment rien laisser au hasard ! Il jouait avec tout le monde et chantait ses ladainhas, les plus belles que je n’ai jamais entendues ! Après la roda, on allait au bar, boire quelques bières, et lui buvait un soda. Comme un enfant. Je pense que cet esprit enfantin a préservé le vieux en beaucoup de moments difficiles de sa vie. Leopoldina avait une joie de vivre, un positivisme qu’il communiquait à tout le monde. C’est grâce à ce caractère qu’il a commencé à être connu, d’abord au Brésil et puis à l’étranger.

Leopoldina a voyagé ce monde de Dieu d’un bout à l’autre : Nous avons été ensemble en Allemagne, en Hollande, au Sénégal et en France, chez moi, plusieurs fois. Mais, lui, il était toujours invité par des maîtres et des disciples, il a connu presque tous les pays de l’Europe Occidentale, les États-Unis, l’Australie et l’Indonésie. Dans tous ces lieux il était toujours le centre de l’attention. Ceci sans aucun effort, naturellement. Sa présence illuminait tout !

Quand nous avons été ensemble au Sénégal il a fait un énorme sucées. A Gorée les enfants allaient derrière lui, en file, à travers les rues de terre battue, ils étaient vingt, parfois trente enfants à le suivre pendant qu’il jouait de son berimbau comme le flutiste de Hamelin. Jamais je n’oublierais cette image : A Dakar, il a dragué une femme et moi j’ai été « choisi » pour traduire les galanteries de Leopoldina durant toute la nuit pendant que les autres gars se faufilait en douceur. Encore à Gorée, durant notre séjour, le maître était le dernier à se coucher et le premier à se lever. Quand je me réveillais dès qu’il entendait ma voix il s’approchait avec sa marche nonchalante et demandait son petit déjeuneur : bouillis d’avoine !

Dans la roda le maître n’était pas un « vaillant ». Il était fier de ne jamais avoir tapé personne. Je me souviens des divers jeux qu’il a faits où il montrait toute son habilité et le danger de son art sans jamais faire un acte de violence. Sans jamais commettre une bavure. Bien au contraire quand la roda était trop « chaude » il arrêtait le jeu et demandait du calme. C’est grâce à ses principes et d’autres qu’il est devenu, peut-être, le maître le plus populaire du Brésil et surement le plus aimé. Dans un autre contexte le maître a fait preuve de beaucoup de courage et de vaillance pour affronter sa maladie. J’ai vu Leopoldina s’étioler peu à peu à cause de son cancer de la prostate. Il a perdu plusieurs kilos. A subi trois chirurgies, a perdu le contrôle de la vessie et a dû utiliser une sonde. Même dans cet état de santé assez difficile j’ai vu Leopoldina rentrer, avec sa poche d’urine cachée sous son pantalon, dans une roda et jouer avec tout le monde. Le maître a perdu la santé mais pas la noblesse ! Quand je l’appelais de Paris pour avoir de ses nouvelles il me répondait : « Je vais mieux de ce que je le mérite »

Une fois quand j’étais chez lui à la Cité de Dieu, dans la zone ouest de Rio, devenu célèbre grâce au film du même nom, il est sorti avec moi à pied, à travers les labyrinthes des rues et ruelles de la fameuse cité. Partout où il passait il était salué : « Ça va maître ? », « Bonjour Maître », « Salut maître », « Leopoooooooldinaaa ! » Criait un autre. Et de temps en temps : « Salut Leozinho », disait une fille d’une voix toute douce. Alors Leopoldina faisait un sourire de toutes ses dents et disait : « Elle m’adore »

Ce même jour, il m’a dit qu’il allait dormir tôt par ce que le lendemain il allait à São Paulo (à 400 kilomètres de Rio). Il allait prendre sa bagnole « branchée » avec une grosse image d’aigle dessiné sur le capot et allait jouer la capoeira à la Place de la République, dans la plus grande capitale du Brésil. En faits, Leopoldina partait de temps en temps pour jouer à São Paulo dans cette célèbre roda, une des plus traditionnelles du Brésil avec celle de Caxias à Rio. Il disait que là-bas il était bien traité. Il me parlait du grand maître Ananias actuellement un des plus vieux maîtres encore en vie, de maître Meinha et d’autres dont je ne me rappelle plus.

Moi-même, en réalité, je n’ai pas été un élève du maître comme l’était maître Nestor. Je n’ai pas eu ce privilège d’avoir appris la dance des esclaves avec lui. Mais je sais aujourd’hui que le vieux, m’a appris énormément! Il m’a transmis tous ses enseignements de « malandragem », de « mandinga », de noblesse, de sagesse de vie, sans jamais avoir prétendu quoi que ce soit. C’est vrai que je n’ai pas été son élève, mais avec certitude j’étais son disciple. Je crois aussi que sa façon unique de véhiculer un savoir faisait aussi sa force : apprendre sans prétendre, apprendre sans rien dire, enseigner en silence, passer tout un art noble avec l’humilité d’un serf. « Ah maître, aujourd’hui je regrette de ne pas avoir été à la hauteur de ton enseignement. Je regrette, dans ma rusticité, de ne pas avoir su comprendre la finesse de ton savoir ».

Pendant les derniers temps le maître était un peu triste. Il disait qui les capoeristes de Rio ne le reconnaissait pas à sa juste valeur. Il disait qu’à São Paulo et même à Rio Grande do Sul il était plus aimé, plus reconnu qu’à Rio de Janeiro. C’est peut-être pour cela qu’il a choisi de mourir à São José dos Campos, intérieur de l’état de São Paulo, proche de celui qui pendant toute la période difficile du maître était à son côté comme un fils : maître Tinta Forte. Maître Tinta Forte a été à coté du maître dans les pires moments de sa vie. Lorsque son éclat visible était voilé, au moment où son humeur et ses petites blagues faisaient moins d’effet. Comme dit l’expression : « tout le monde est ami mais dans la douleur les parents sont les dents et encore ils nous mordent. »

La disparition de maître Leopoldina confirme la fin d’une époque qui a débuté avec la mort de maître Pastinha et de maître Bimba et qui a continué avec la presque totale disparition de tous les vieux maîtres angoleiros bahianais. Le décès de Leopoldina annonce que nous arrivons à la fin d’une époque des grands maîtres, des grands représentants et militants de la capoeira angola qui ont coexisté et sont partis. Leopoldina était un phare qui illuminait des milles et milles de noir dans la nuit et qui le 17 octobre 2007 s’est éteint pour toujours. Sa parole avait une résonance. Son intégrité nous assurait que la vie valait la peine d’être vécue. Nous avons encore quelques maîtres de cette génération vivants. Quelques résistants qui combattent encore et qui éclairent nos chemins de leurs présences. Mais un jour eux aussi partiront. Prions alors pour que les grands maîtres du futur soient aussi bons que ceux qui quand ils partent, nous laissent un peu plus orphelins et silencieux et en même temps ils nous rappellent que nous aussi sommes des mortels.

J’ai fait une petite « chula » pour Leopoldina :

Central do Brasil
Sete horas da manhã
O trem vem apitando
Central do Brasil
Leopoldina vem chegando

Olha bala minha gente!
Olha bala minha gente!

O Mestre Leopoldina
Ele vai já em frente

Olha bala minha gente!
Olha bala minha gente!

O Mestre Leopoldina
Ele deixou agente…

Mestre Leopoldina 12/02/1933 – 17/10/2007

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